Kep-Sokkhim la lune

Cela fait maintenant un mois que je suis en vadrouille en Asie du Sud-Est.  Comme vous avez pu le voir, c’est vraiment un voyage de découverte fantastique.  Un voyage qui est marquant.  Ayant passé un mois à explorer le Vietnam, les Vietnamiens et ceux qui y vivent, qui sont en interactions avec eux, il m’est difficile de ne pas comparer les émotions vécues au pays de l’énergie avec ce que l’on ressent ici.  Les quelques jours au Cambodge m’ont apporté autre chose, une autre émotion, ici ce que je ressens est une profondeur douceur.  Une douceur toute discrète, une joie contenue, une émotion qui glisse comme la marée qui monte, et non pas comme une tempête.  Alors que j’ai senti au Vietnam le Soleil, ici c’est le pouvoir de la Lune qui veille sur nous.  

Et en ce sens, je vous présente mon personnage du jour Sokkhim.

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Après l’effervescence du Vietnam, la dose d’adrénaline qu’offre ce pays extraordinaire, je me retrouve maintenant au Cambodge, à Kep, à quelques jets de pierre de la frontière.  Mais dès que l’on passe la frontière, on y voit immédiatement les différences.  Ici, la vie est définitivement plus calme. Dès l’arrivée à la frontière, on y comprend. Ici, il faut apprendre à prendre son temps.  Les choses avancent, doucement, à leur rythme, et il faut suivre le flot, et définitivement préparer le « lâcher-prise ».  Car si les Vietnamiens ont une tendance naturelle au contrôle, ici, ce qui me marque c’est justement cette absence de contrôle. Ici, on ne contrôle pas, on laisse aller.  La vie avance, comme le soleil chaud du sud du Cambodge.

J’avais adoré le sourire des Vietnamiens.  Ce sourire si puissant, mais qui cachait une détermination hors du commun.  Les Vietnamiens ont une gentillesse naturelle, mais dans ce pays fantastique, nous sentons que nous sommes chez eux, et que c’est eux qui ont le contrôle de la situation.  Donc, nous comme étrangers, il faut se laisser porter dans ce monde ou les Vietnamiens, pleins de sollicitude, vous porterons.  Car, je l’ai dit, ils connaissent leur environnement, ils connaissent leur monde et les personnes qui les entourent.  Donc, le message est clair, laissez-vous porter, nous allons nous occuper de vous. Dites-nous simplement ce que vous voulez, et nous nous organisons avec tout.

Ici, au Cambodge, nous sentons autre chose. Les sourires des gens sont aussi nombreux, et aussi chaleureux, mais ils dégagent autre chose.  Ils sont plus discrets, moins expressifs, et en fait plus timides.  Mais d’une chaleur difficile à décrire.  Nous sentons ici que le sourire dit autre chose, et ce que je ressens ici, c’est surtout de la douceur.  Une douceur que j’ai ressentie immédiatement en arrivant ici.  Nous ne cherchons pas à t’organiser.  

Dès l’arrivée à Kep, à l’arrêt de bus.  Alors que je m’attendais à avoir une horde de chauffeurs de taxi, ou de Tuk-Tuk, ou des agents prêts à t’offrir leur service, je me retrouve seul parmi cette foule.  Ici, personne pour te dire de « faire ceci ou cela ».  Nous sommes en plein marché, ou les échoppes sont remplies de personnes, ou les gens vont à la plage, ou il y a une circulation. Il n’y a personne pour te montrer la direction, personne pour te solliciter ou t’attirer vers leurs échoppes. Ici, tu descends du bus comme tu le ferais chez toi et tu te retrouves parmi ces gens ordinaires, qui font leur vie ordinaire.  Tranquille.

En descendant, tu peux t’installer facilement dans un coin afin de reprendre tes émotions, t’assoir et consulter le guide ou ton téléphone pour bien t’installer.  Au loin, les chauffeurs de Tuk-tuk te font un signe de la main.  Un simple « non de la tête » est suffisant pour qu’ils retournent à leur affaire, ou continuent à discuter entre eux, comme ils faisaient avant que tu arrives.  Moi, qui ai vécu un mois au Vietnam, ou la sollicitation polie, mais constante, tu arrives ici, et aucune sollicitation particulière.  Et surtout, pas de bruit.

Ici, les motos (que nous appelons ici les scooteurs et non pas les motorbikes comme au Vietnam) sont plus silencieuses.  Pas de zigzag entre la circulation, ils sont nombreux, mais ils passent doucement.  Les personnes marchent avec une zénitude différente.  Personne ne parle fort, pas de musique assourdissante, pas d’explosion de couleur et de néons, pas d’affiche tape-à-l’œil.  

Je fais le tour du marché rempli de personne avec mon sac, les échoppes sont remplies, et les gens s’affairent.  Aucun cri d’annonce, personne qui s’accroche à ton bras, que ce soit physiquement ou mentalement.  Les gens font leurs affaires.  Tu viens d’arriver, mais tu ne te sens pas comme une attraction, ou une minorité visible, ou un étranger.  Ici, tu es juste une personne ordinaire qui arrive.  Rien de spécial… 

C’est dans ce contexte que j’ai rencontré Michel et Virginie. 

Baroudeurs depuis des années, ils parcourent le monde depuis plus de 30 ans.  Michel qui a fait un bout de sa vie dans le domaine du spectacle me raconte son Cambodge. Il est là déjà depuis plusieurs mois dans la région, et doucement ils terminent leur voyage.  Tout comme moi, ils viennent d’arriver à Kep du bus, et son installé à une terrasse du marché en train de boire une petite bière en cette fin d’après-midi chaude. 

Je demande à Michel, comment qualifierais-tu le Cambodge, pour moi qui arrive du Vietnam.  Il m’a dit « Tranquille ».  Mes quelques jours au Cambodge dans cette petite station balnéaire me le confirment.   Oui la vie est « tranquille ».  

Stephane, Michel et Virginie

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Sans rien enlever aux Vietnamiens que j’ai adorés, je dirais ici la différence au Cambodge est leur façon d’apprécier les autres. Ce que j’ai senti au Vietnam est que lorsque l’on aime au Vietnam, on a tendance à s’occuper des autres, s’assurer que tout va bien.  Par exemple, au Vietnam, rapidement, nous sentons ce besoin de « faire un plan » ou définir ce que nous ferons aujourd’hui, demain, quel est notre itinéraire. Souvent, dans les premières heures, l’hôte, ou le chauffeur de taxi te demandera où tu peux aller, ce qu’il peut faire pour toi.  Nécessairement, sans que ce soit méchant ou agressif pour la plupart, tu sens que tu « te dois » de faire un itinéraire, définir l’avenir, afin que quelqu’un t’organise, s’occupe de toi, ou simplement t’aide.  Les mauvaises langues diront que c’est dans le but de te vendre quelque chose, mais je ne crois pas que ce soit si simple.  Car en discutant avec plusieurs, je me suis rendu compte qu’ils sont comme cela dans leur vie privée avec leurs amis, leurs conjoints, leurs enfants ou leurs parents.  Je crois qu’au-delà de l’action commerciale, c’est dans leur nature, et même pour les gens dans les campagnes que j’ai rencontrés. Que ce soit le vieux monsieur sur la route, ou l’ouvrier dans les champs, ils s’offrent spontanément pour te montrer le chemin. Pas besoin de demander, pas besoin d’aller vers les autres.  Au Vietnam, nous sentons que tous se donnent la responsabilité de t’aider de te supporter, que ce soit pour une rémunération ou pas.  Je crois que cela fait partie de leur nature.

Je pense à ce jour que les Vietnamiens témoignent leur appréciation, leur amour de la même façon qu’ils le feraient pour les étrangers qu’ils apprécient.  Un peu comme les parents avec les enfants.  Au Vietnam sans trop que l’on s’en rende compte, nous sentons cet « encadrement ».  Gentiment certes, avec une vraie sollicitude, une réelle intention de vouloir aider. Mais sans que tu t’en rendes compte, il y a toute une armée de personne qui « veille sur toi » afin que tu te sentes bien et heureux.  Nous l’avons vu dans l’histoire du Vietnam, cette situation est facile à comprendre. Et sans vouloir faire de raccourci, l’image qui me vient lorsque je pense à cette sollicitude vietnamienne, je pense que c’est une forme « paternelle » qui se dégage du Vietnam. 

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Au Cambodge, mes impressions des premiers jours sont très différentes.  La gentillesse est véritablement présente, une gentillesse réelle et profonde.  Mais une gentillesse différente.  C’est beaucoup plus discret comme support. L’émotion est différente. Et c’est ce que j’ai senti en voyant Sokkhim.

J’arrive dans cette magnifique auberge bâtie dans une ancienne maison khmère.  La maison de bois est bâtie sur plusieurs étages, ou les escaliers raides, avec différent niveau de terrasses, est construite à quelques 700 m de la route, mais en plein milieu de la forêt, ou les vaches broutent çà et la, et le chemin de terre a peine assez large pour laisser passer un tuk-tuk.  Ici, un arbre centenaire trône l’endroit, et autour une nouvelle forêt, probablement issue du défrichage intensif de l’époque des Khmers rouges.  À ce sujet, j’aurai l’occasion de reparler de cette époque trouble et des impacts de celle-ci, mais je le ferai plus tard.  Lorsque j’aurai le temps de me faire une tête.  

Khmer House Hostel

Nous arrivons à la maison, mais avec un accueil tout différent. Pas d’effervescence dans les mots et les paroles, juste un discret sourire et une voix d’une douceur difficile à expliquer.   C’est juste « bienvenu chez moi ». Peu de mots, juste une émotion dans les yeux.  Et les quelques jours ici, me confirmeront cette opinion.  Sokkhim, tout comme son mari, Oeun sont d’une gentillesse profonde, et d’une discrétion particulière.  Ici, pas d’esclaffes, pas d’émotion trop expressive, juste un sourire, timide, et quelquefois un petit rire contenu.  Même le langage khmer est plus doux, plus musical à l’oreille.  Les Khmers ont une voix chantante.  

Oeun

Sokkhim et Oeun gèrent cette auberge depuis 2016. Et cette belle énergie se sent partout dans l’environnement.  Pour le moment, je ne connaitrais pas beaucoup leur histoire, car une chose que j’ai compris, c’est qu’ici, la gentillesse rime avec discrétion.   Mais ce n’est pas véritablement un problème. Juste cette douceur, cet accueil, ces quelques mots échangés, cette chaleur humaine est suffisante pour que je me sente ici dans un calme, un environnement aimant.  Donc sans mots, on comprend que nous sommes déjà bien.

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Lors de mon séjour ici, je me suis promené dans la petite ville de Kep tôt le samedi matin.  Je passe devant ou magnifique temple hindou ou je rentre.  Les dorures, les couleurs roses et rouges sont tout simplement magnifiques.  J’entre doucement dans la cour et un vieil homme est debout, à côté du moine qui travaille sur l’une des statues.  Il me regarde de loin pendant que je prends quelques photos.  Il s’approche doucement de moi et vient m’accueillir.  Parlant uniquement khmer, nous utilisons google translate pour échanger.  Doucement, sans presse, il attend tranquillement que j’aie fini d’écrire afin de lire ce que je lui dis.  De son côté, il parle dans le téléphone, constatant le plaisir qu’il a de voir sa voix traduite par une machine.  Après quelques mots, il s’éloigne afin de me laisser faire mes choses si je le souhaite. Je fais le tour, et je viens m’assoir à côté de lui.  Après quelques minutes, il me montre mon téléphone que je lui tends avec la fonction de traduction.  Il prend le téléphone et me dis que si je veux avoir une visite il serait heureux de la faire.  J’accepte avec plaisir, téléphone à la main, et traduisant doucement ce qu’il me raconte. Après la visite, je le remercie « Akhoun en Khmer » et lui offre un billet.  Il refuse 2 fois, jusqu’au moment où j’insiste pour qui le prenne.  Il le prend avec un gros merci avec les mains.  J’avais compris que je lui avais fait vraiment plaisir.

Vous voyez le monsieur au loin près des marches

Je me promène dans la campagne cambodgienne, et je passe près d’une plantation de mangues.  Une vingtaine d’ouvriers y sont.  Ils font leurs affaires.  Je m’approche d’eux et immédiatement un grand sourire.  Je leur demande ce qu’ils font, et ils me regardent gentiment.  Je demande si je peux prendre une photo, ils acceptent, mais avec un sourire discret, et une gentillesse dans le regard. Après quelques clics, ils me remercient discrètement et ils retournent à leurs affaires.

Les récolteurs de mangues

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Au Cambodge, ici on apprécie sans contrôler. Ici, c’est le pays du « laisser-aller ».  Les touristes, les habitants, les ouvriers, tout le monde fait ce qu’ils ont à faire. Ici, nous lâchons prise sur ce que nous ne contrôlons pas, et je ne ressens aucune volonté d’affirmer ce contrôle, mais pas uniquement les étrangers, mais eux aussi.  C’est le pays du « Carpe diem ».  Chacun à sa vie.  Mais contrairement en occident, tout le monde a sa vie, et les autres s’en foutent, ici, tout le monde fait sa vie, mais nous sentons cette force tranquille qui veille sur nous.  Cette douceur qui est encore difficile à expliquer, qui est au-dessus de nous.

Et bien sûr, cette force tranquille incite à l’ouverture.  Ici au « Khmer house hostel », j’ai rencontré un groupe de gens extraordinaire, avec des expériences encore plus extraordinaires.  Cette atmosphère bon enfant installe autour de nous un climat de complicité que je n’avais pas vu depuis mon séjour à Hanoi ou à Ben Tre. Une chaleur humaine et physique qui fait du bien à l’âme du voyageur.

Tristan et Élise, jeune couple français dans la trentaine qui ont économisé depuis 5 ans afin de se payer un voyage de routard dans ce pays magnifique.  Élise intervenante sociale parle de sa mission auprès des handicapés et comment elles cherchent de nouvelles avenues.  Tristan passionné qui vit à 200 km heure, qui profite au maximum de la vie.

Stephane, Julien, Stephanie Elise, Tristan et Roger

Maya, jeune Israélienne zen, qui termine son voyage de trois mois dans la région, qui après avoir vu le Laos, le Myanmar et termine son voyage au Cambodge, part se reposer dans les iles du sud afin de revenir au boulot après des expériences marquantes. Nous avons parlé de la vie, des relations humaines, du contact avec les autres.  De l’ouverture ou pas, et surtout de philosophie.

Maya

Charlotte et Morgane, deux colocs du sud de la France qui parcours le monde pour une année, et qui en sont maintenant au quatrième mois et qui cherchent maintenant à faire du volontariat, avant de véritablement se poser quelques parts… ou pas… Nous parlons de leur aventure, de ce qu’elles découvrent, et des projets pour la suite.

Stephane, Morgane et Charlotte

Alain et Marie, couple belge avec qui nous avons parlé de ce pays du compromis, de l’échange tout en riant bien de ces différences.  Et surtout des liens naturels entre les Belges et des Québécois.

Stephane, Marie et Alain

Michelle et Gilles, ce couple de Français rencontré sur la route de cette ferme de poivre dont je parlerai un peu plus lors d’une prochaine chronique.  Gilles, jeune retraité, ancien commercial, s’amuse maintenant dans une cave du côté de Montpellier et découvre ce pays avec une réelle joie. Nous avons parlé de ses projets, de la nouvelle ligne de poivre de Kampot qui veut vendre dans son commerce, et du plaisir de se retrouver pour se connaitre.

Chloé, Gilles, le papa et sa fille et Michelle

De gens qui font vraiment la différence lors d’un voyage. Ce pays apporte cette tranquillité d’esprit.

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Si j’ai senti un amour paternel au Vietnam, je sens ici un amour maternel.  Je sens le regard de la maman douce et gentille.  Je sens ici cette puissance tranquille.  Si le Vietnam est le pays du Yang, à ce jour pour moi le Cambodge est le pays du Yin.  Cette instance protectrice qui incite au véritable échange.  Qui naturellement laisse tomber un grand nombre de barrières. Donc, tout comme la maman, il me prendra plus de temps pour connaitre cette maman Cambodge, car ce n’est pas en quelques jours que l’on peut véritablement mettre les bons mots sur les gens, sans tomber dans les clichés et les étiquettes.  

Je ne sais pas ce que me réserve la suite des choses, si cette opinion changera ou pas.  Mais je suis certain que cette « la Lune Cambodgienne » veille sur moi .

Ciao ciao

Stephane

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