Les enfants vietnamiens


Aujourd’hui jour du Têt. Je souhaite bien sûr une très belle année lunaire du Cochon de terre à tous et à toute, mais particulièrement aux Vietnamiens et amoureux du Vietnam qui m’ont accueilli sur cette terre magnifique, endroit dont je rêvais depuis des années. Mais aussi pour moi, le Têt signifie aussi la fin de mon périple au Vietnam. Donc c’est pour cela que mes premiers personnages du jour en cette année du Cochon qui commence sont les enfants vietnamiens. 

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Lorsque l’on se balade au Vietnam, et plus particulièrement dans les campagnes, il est très facile de comprendre comment cet animal a pris sa place dans le panthéon des 12 animaux du zodiaque chinois. Ici le cochon est partout.  Que ce soit dans nos assiettes en ville qu’à la campagne dans les fermes, il ponctue la vie en compagnie du poulet et du poisson. Il est l’animal de la vie ordinaire, la vraie vie, celle que l’on ne montre pas dans les guides touristiques, celle des gens qui vivent ce pays. Tout au long de mes comptes rendus ou mes chroniques, j’ai tenté de vous faire voir un autre Vietnam, le Vietnam des gens qui ont croisé ma route. Mais une chose est constante, la volonté de changement. Cette ouverture vers l’avenir que je ne ressens plus à ce point dans nos pays occidentaux. Un avenir qui sera remplis de défis pour ces enfants, certainement, mais je sens ici qu’ils y ont les deux pieds dedans. Et leurs parents ici ont compris que l’avenir est en marche, et que l’ouverture vers l’autre est la porte de sortie. Ici, ils ont compris que l’avenir dépend de leur capacité à accepter les étrangers. 

Il faut dire que de ce côté, les Vietnamiens ont eu leur part d’étrangers dans leurs pays depuis plus de mille années. Et que malgré les douleurs, les doutes, les génocides et les morts, ils ont survécu à cette fatalité. Je crois que le bouddhisme et le confusionnisme ont aidé à la base. Car les Vietnamiens croient à la fatalité. Ils acceptent la mort comme ils acceptent la vie. Ils vivent à cheval entre cette mort et cette vie et cela les rend plus forts, plus résistants, car ils savent que lorsque la mort arrive, il n’y a rien à faire. Il faut l’accepter. 

La population du Vietnam est très jeune. L’âge moyen de la population est de 27 ans pour les hommes et 29 ans pour les femmes. Son espérance de vie à la naissance est de 71 ans. Les enfants de moins de 14 ans représentent actuellement 25 % de la population. Les sujets âgés dépassant les 65 ans présentent un taux de 5.5 %.

Il est vrai que les quelque 4 millions de décès de la guerre du Vietnam ont rajeuni cette population. Donc, ces 25% de moins de 14 ans représentent l’avenir pour ce pays, à la fois jeune et à la fois très vieux.

Mais au-delà de cela, les enfants, grâce à l’internet, s’ouvrent vers le monde. Ici, la « 4 G » est partout. Même dans les îles perdues ou dans l’océan autour des côtes. Ici, l’accès internet coûte moins de 5$ par mois pour un accès vraiment illimité est sans compter le wifi qui est vraiment partout ; bus, bateau, avion, boutiques, café, hôte, tout gratuit pour qui en veut. Ici les enfants apprennent à vitesse Grand V l’anglais. Souvent dans les restaurants c’est l’enfant de 10 ans qui fait la traduction pour les parents qui ne comprennent pas toujours l’anglais. Les enfants te disent systématiquement « Hello » lorsqu’ils te voient, même les plus petits. Les enfants ici apprennent à comprendre les autres rapidement et s’ouvrent. En fait, lorsqu’on y regarde un peu plus, les enfants sont poussés par les parents à aller vers l’autre. Et même si le parent ne regarde pas, il y a toujours un adulte qui surveille du coin de l’œil. Les enfants sont poussés rapidement à comprendre le monde qui les entoure. 

Même chose pour l’éducation. Je m’en doutais, l’éducation est une valeur fondamentale pour les Vietnamiens. Et tous, grands ou petits, riches ou pauvres, cherchent à s’instruire et comprendre. Ils posent des questions sur le monde ailleurs, ils sont curieux et ils ont compris que c’est dans cet apprentissage du meilleur, d’aller chercher les diplômes s’ils le peuvent, qu’ils pourront être plus forts lorsque les étrangers arriveront. 

En visitant le Temple de la littérature à Hanoi, cela m’a frappé. Le Temple de la littérature est la première « Université en Asie du Sud Est ». 

Ce temple, qui n’avait pas de but strictement religieux, servait d’académie confucéenne. Il a été fondé en 1070 par le troisième empereur de la dynastie Ly, Lý Thánh Tông, à l’époque où la ville s’appelait Thang Long. C’est ici que les fils de sang royal, les fils de mandarins et de l’aristocratie, mais aussi des simples paysans sélectionnés poursuivaient leurs études pour devenir lettrés et hauts fonctionnaires, c’est-à-dire les « Fils de la Nation » (Quốc Tử Giám). 

Le processus de sélection était « démocratique » pourvu que l’on puisse parler de démocratie au 9e siècle. Une fois par deux ans, la commission de l’éducation passait dans chaque village, pour faire passer des restes d’admission. Ces tests étaient basés sur la capacité de raisonner, les bonnes manières, la négociation et les habiletés physiques. Les candidats qui étaient retenus allaient directement à Hanoi où il était formé pendant 4 années aux frais de l’Empereur. Et permis les candidats, il y avait au minima la moitié qui devait venir de milieux défavorisés, ou de villages reculés. Cette éducation permettait une élite vietnamienne de ce développeur.

Cet enseignement fut dispensé de 1076 à 1915 et fut cessé par le protectorat français, voyant dans cette institution millénaire le foyer de révolutionnaire

À partir de 1165, les lauréats reçurent le titre de « grand lettré » (thái học sinh), et les trois premiers du concours reçurent en plus un titre spécifique à partir de 12474.

Un des piliers du temple porte l’inscription célèbre : « Le confucianisme gît partout, à l’est, à l’ouest, au sud et au nord; dignitaires et lettrés ont tous emprunté le même chemin. »

Question d’illustrer l’importance de cette éducation, voici la citation de 1448 du recteur de l’école dont je n’ai pas pris le nom en note malheureusement :

« Le talent est si important qu’il faut accentuer l’éducation et ceci au bénéfice de toute la population »

Mais malgré cela, la notion d’éducation est bien intégrée. Des années cinquante les vietnamiens ont investi les Universités de par le monde et maintenant la diaspora vietnamienne est parmi la mieux éduquée dans leur pays. Les métiers traditionnels et leurs descendants sont parmi les choix les plus prisés. La pharmacie, la médecine, l’ingénierie et l’éducation. 

L’avenir est en marche et elle court ici au Vietnam. 

Avec une progression de PIB d’environ 6% par année depuis cinq ans, le Vietnam se transforme rapidement.  Pour certains, trop rapidement.  Car ici, on le voit lorsque l’on discute avec les gens qui visitent le pays.  Parmi ceux-ci il y a :

Les traditionnels Occidentaux aux attitudes paternalistes qui voient dans le Vietnam un enfant qu’il faut éduquer, former et mouler, comme ils le faisaient à l’époque de l’Indochine.

Les écologistes affirmés ou non, qui voit dans l’Asie la poubelle du monde.  Par contre, plusieurs d’entre eux oublient que la plupart des bénéfices de cette consommation sont transférés encore dans ces mêmes pays.  Et qu’au final, avec une augmentation de 9,3% des exportations du Vietnam, et des importations de 5% nous contribuons amplement à cette augmentation de la société de consommation du Vietnam.

Les touristes en mal d’exotisme qui cherchent ici un brin de nostalgie alors que le changement va beaucoup plus vite que ce que l’on voit dans les livres. Et comme toutes les campagnes touristiques, le Vietnam rural est encore très présent, mais beaucoup moins qu’on aime le présenter.  À preuve, mon « lonely planet » a été mis. Jour en 2017 et édité en 2018. Aussi,  je retrouve une quantité de nouvelles routes pas répertoriée par Google map, des établissements de restauration et des hôtels qui n’existent  plus. Ici les choses vont vite. 

Les vieux baroudeurs qui sillonnent l’Asie du Sud Est, qui constate avec nostalgie la fin du paradis terrestre et idéalisé, qui pensent encore qu’avec une poignée de dollars, on peut acheter tout.  Car ici, on l’a compris, l’avenir passe par le pouvoir économique.  Et aujourd’hui, cet avenir se bâtit grâce aux étrangers, ceux qui permettront à ce pays, et par extensions, les individus qui le forme, de gagner leur indépendance.

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Lors de mes quelques jours à Saigon, j’ai rencontré Dat.  Un guide vietnamien vraiment extraordinaire, qui s’est permis de me parler de la vie, la vraie vie des Vietnamiens des villes.

Avisé, brillant, il a un réseau de contact impressionnant et, comme la plupart des Vietnamiens que j’ai rencontrés, est à un coup de fil de pouvoir te trouver ce qui te manque.  Saïgonnais de naissance, il habite la ville et j’ai connu la métropole grâce à lui.  Totalement urbain, il m’explique la réalité des gens « ordinaires » dans cette ville en transformation.

« Il y a le Saigon que l’on voit à la télé dans les séries.  Ce Saigon qui a réussi avec des maisons, des voitures de luxe, des écoles prestigieuses. Oui il y a tout cela.  Mais la majorité des Saïgonnais viennent des villages autour, et eux ils travaillent fort.  Car beaucoup de ces Saïgonnais ont profité de cette augmentation, et ce sont surtout les parents qui ont fait fortune dans leur investissement.  C’est très bien pour notre pays, car oui, il faut que des gens réussissent pour que nous progressions.  

Mais ce succès entraine aussi une dérive des plus jeunes.  Plusieurs de ces jeunes ont oublié cet esprit du travail dur et fort.  Un grand nombre profite de cet argent actuellement et attend leur héritage.  Ils sont financés par leurs parents, et pas mal ne travaillent pas véritablement.

Ceux des campagnes eux n’ont pas le choix. Ils doivent être créatifs pour survivre dans la jungle urbaine.  Ils n’ont pas de revenu autrement que ce qu’ils inventent.  C’est pour cela que tu retrouves tant de commerces un peu partout et que chaque vente est importante, chaque transaction fait la différence.  Car le dollar que tu donneras sera négligeable pour toi, mais vraiment important pour eux.

« Tu sais ici à Saigon le coût augmentent d’années en année et les balises ressemble de plus en plus celui des capitales économiques.  Un téléphone iPhone coute le même montant ici qu’il en coute chez toi, alors que nous faisons environ 30% du salaire minimum de la France (NDRL le SMIC).  Une maison ici coute tellement plus cher ici que je ne sais pas si je serai un jour capable d’acheter ce que je veux »

Oui car Dat, comme un grand nombre de Vietnamiens ne rêve qu’une chose, avoir une belle maison pas pour l’image, mais pour avoir une vraie famille unie.  Car ici, la famille passe par une maison.

Mais s’il y a une chose que j’ai comprise avec Dat, c’est que le courage ne manque pas.  Lui comme les autres, il a des rêves pour lui, pour sa fille de 9 ans, et son pays ! 

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J’ai compris qu’ici tu peux créer n’importe quelle entreprise légalement pour une durée de 6 mois, sans exister, sans payer d’impôt. Et si ça marche, tu t’enregistres auprès des autorités. Sinon, ce n’est pas grave.   Tu recommences autre chose. Ici les gens ont compris qu’il faut bosser pour que ça marche. Et depuis 50 ans ils bossent pour eux, pour les Vietnamiens. Et je dirais qu’à mot couvert, ils sont assez fiers de pouvoir le faire. 

N’ayant pas les contraintes culturelles reliées au catholicisme, ici avoir de l’argent est une forme de fierté.  Ici, les gens ne sont pas jaloux de ceux qui réussissent. Ici, nous valorisons ce pouvoir économique, et ils l’apprennent très tôt.  Déjà, dans les petites boutiques, ce sont des enfants de 10-14 ans, qui parlant anglais, apprennent très tôt à négocier afin d’avoir le plus possible. Ici, ce n’est pas le principe d’égalité qui dirige la pensée, c’est le principe d’équité.  En clair, le plus riche donne plus et le moins riche donne moins. Ainsi, en tant qu’occidentaux, nous sommes immédiatement perçus comme plus riches (ce qui est le cas en général). Donc, il faut rester aux aguets. 

Ici, je l’ai dit, tout se vend et s’achète. Et c’est OK avec cela.  Tout à un prix, et l’argent n’est pas perçu négativement. L’argent est un outil afin d’affirmer son pouvoir, sa générosité, son amour.  Car ici, donner et recevoir un cadeau est vraiment important.

Un exemple pour démontrer cela, j’étais dans un bois de la vallée du Mékong et je vois trois hommes charger un camion rempli de pamplemousses à peau verte.  Spontanément, je me suis mis à les aider à transporter les sacs de fruits.  Ils étaient surpris du geste, mais ils ont compris que cela me faisait plaisir.  Après quelques sacs, ils se sont mis à fouiller dans leur cargaison pour me trouver le plus beau pamplemousse à me donner.  J’ai refusé poliment, mais j’ai senti que pour eux, un travail se paye, si ce n’est que par un pamplemousse.  Ici, le principe de réciprocité est important.  Tu donnes, tu reçois.  Généralement, rien n’est inclus ou gratuit.  Mais lorsque tu prends, tu es exclu.  Ici on ne prend pas. Cela fait partie de leur culture.

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Il y a 10 ans, je partais à la découverte de la vallée du Yucatan au Mexique.  J’y allais pour voir de vieille pierre et comprendre le peuple maya.  Ce que j’y ai découvert est un Mexique en pleine explosion. J’avais déjà vu là-bas le boom tranquille qui se passait dans cette péninsule tranquille, qui était connue surtout pour ces « resorts » de plages, et les touristes saisonniers. Mais ce que j’ai découvert à l’arrière-pays, c’était un vaste chantier de construction, ou les routes se construisaient à une vitesse d’enfer.  Pour l’anecdote, je suis passé par une route en terre et deux semaines plus tard, c’était une belle route bétonnée fraichement faite.  8 ans plus tard, je suis retourné pour découvrir un nouveau Mexique, un nouveau pays, qui étaient bien loin dans l’apparence.  Les vieux « hostel minables » avaient disparus, pour y retrouver des hôtels parfaitement corrects, les voitures partout, et bien sûr, une population qui baragouinait l’anglais avant est maintenant pratiquement bilingue et ce, même dans les campagnes reculées, qu’il y avait tout de sorte de touristes.  Ceux qui aiment la modernité, ceux qui sont nostalgiques du passé, et ceux qui aiment explorer.  Le Yucatan n’est plus le même.  Pas mieux ni pire, il a juste changé.

Je reconnais ici le rouleau compresseur de la modernité, tout comme l’époque industrielle a changé le monde des pays occidentaux.  Je reconnais ici les travaux haussmanniens qui sont entrepris un peu partout. Saigon la capitale en est la preuve. Il se construit tant de bâtiments, que Saigon s’est mis en tête de devenir une capitale d’Asie du Sud Est comme Kuala Lumpur, Syngapore ou Bangkok.  Mais Saigon n’est que la pointe de l’iceberg comme l’a été Cancún pour le Yucatan.  L’ile de Phu Quoc est maintenant une destination très prisée par les Russes. Ici les menus sont en Vietnamien, Anglais, Mandarin et Russe.  Ces Russes bien nantis dépensent des sommes folles ici en tout de sorte de chose.

Les capitales balnéaires ont gardé un peu d’exotisme colonial, mais uniquement pour les touristes.  Ici, la manne n’est plus française.  La manne est internationale, et plus particulièrement russe.  Cette clientèle différente des autres, qui vient au Vietnam depuis des décennies est de plus en plus présente.  Ils sont directs, exigeants, ronchonneurs, mais ils payent bien, ce qui fait que du point de vue vietnamien, ce sont des bons clients. Difficile certainement, mais ils en ont vu d’autres.

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Ce changement apportera aussi des déchirements pour ceux qui prendront le relais.  Tin, le sympathique garçon du patron Sau Hoia dans le village près de Can Tho. À 23 ans, c’est lui qui prendra probablement la relève de l’établissement créée par son père.  Un véritable carrefour pour les touristes, ce petit endroit se remplit de touristes tous les matins après avoir visité les marchés flottants de la vallée du Mékong.  Transformant son terrain en « noodle factory », les employés expliquent les méthodes traditionnelles de la confection des nouilles de riz.

De plus, un petit parc est aménagé, permettant aux touristes de passer une petite heure dans les lieux, afin de prolonger l’expérience des marchés flottants, tout en achetant au passage des souvenirs de toute sorte, et pourquoi pas une soupe, un petit chocolat, ou un petit-déjeuner.

Tin a un rêve.  Il espère devenir chef de restaurant.  Il cuisine déjà avec plaisir des plats asiatiques venant de partout, tout en testant la nourriture exotique.  Son frère est déjà installé à Boston ou il espère être en mesure d’y aller afin de tester sa chance.  Prendra-t-il la relève de l’établissement familial?  Une question qu’il se pose sans le dire.  Une question que tous les jeunes d’entreprises familiales se posent…

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Les enfants du Vietnam vivront dans un autre monde. Pas meilleur, pas pire, mais un Nouveau Monde.  Ils seront certainement mieux éduqués que leurs parents, et ils porteront ce pays en développement à bout de bras.

Mais tout comme ceux de ma génération qui avons vécu avec les excès de la génération précédente, ils devront vivre aussi avec les excès de ceux qui les ont précédé.  La vitesse de construction portera certainement un poids immense sur l’empreinte écologique.  Déjà maintenant, on commence à en parler.  Nous sommes loin d’une conscientisation, mais le débat est lancé. Et lorsque l’on parle aux plus jeunes, leur discours est semblable a celui des enfants occidentaux.  Ils sont conscients.  Ceci étant dit, les malheurs de la croissance créent une pollution des eaux, et des terrains d’une façon importante.  Le plastique est partout ici.  Et il flotte.  De plus, les Vietnamiens sont fondamentalement propres, ils emballent tous, et trois fois plutôt que deux.  Et cela se comprend, car vivre dans un pays tropical apporte ses avantages et ses inconvénients.  Chez nous, il est possible de laisser les choses à l’extérieur et le gel permet de conserver mieux.  Ici, le gel est impossible et les frigos, bien que présents, ont peine à suffire à la chaleur accablante de l’été et de l’hiver.  Alors, il se consomme au Vietnam des tonnes et des tonnes de glace partout.  Et lorsque les aliments sont industrialisés, il est impossible d’imaginer la geler. Alors, on l’emballe.

Mais ces emballages restent dans la nature. Et comme les Vietnamiens sont habitués de laisser leurs déchets organiques dans la nature, et que les déchets organiques se décomposent à une vitesse folle, mais ils font la même chose avec le plastique.  Donc, pour eux, la bataille contre le plastique ne fait que commencer.  Et ce sera les enfants qui auront probablement ce poids sur leurs épaules.

Aussi, ces enfants vivront dans un monde moderne, le monde que nous connaissons dans les pays occidentaux.  Déjà, ils maitrisent les outils que le monde leur offre et ils sont branchés sur cet univers.  Déjà, ils parlent deux, voire trois langues et déjà, ils connaissent une partie du monde.  La diaspora vietnamienne est très présente et très solidaire.  Les vietnamiens sont partout maintenant, qu’ils soient originaires du sud ou du nord, pour ces enfants les blessures de la guerre font partie du passé.  Ce n’est pas leur guerre, c’est la guerre de leurs parents ou de leurs grands-parents. Eux, ils voient dans l’étranger l’avenir, le monde qui s’ouvrent devant eux.

Ils sont et seront beaucoup plus éduqués que leurs parents, et ce, peu importe leur niveau de vie.  La démocratisation de l’information permet ici comme ailleurs, des pas de géants vers l’avenir.

La petite Lan, fille de Zizi du Homestay près de Sa Pa Than qui parlait déjà un Anglais presque qu’impeccable, passant des heures à jouer à des jeux éducatifs en anglais sur son téléphone.  

Cette petite fille d’à peine 5 ans, qui montrait à sa mère comment compter en anglais et qui faisait la traduction à celle-ci alors que la dame vend des noix de coco sur la plage.  

Ce jeune garçon de 10 ans à peine qui compilait la comptabilité du restaurant de ses parents à Duong Dong sur l’ile de Phu Quoc.

Ce groupe de jeunes des villages qui viennent pratiquer leur anglais tous les dimanches à Hanoi en venant discuter avec les touristes.  « Hello, what is your name? Where do you come from ?, how old are you? ».  Tout ceci pour les confronter rapidement à la vie qui les attend pour demain.

Les constructions d’écoles immenses construites dans les campagnes les plus reculées, comme ici en plein champ à Phu Quoc, à côté de l’immense aéroport international, neuf et clinquant.

La petite fille de Ly, ma guide Hmong noir qui parcours les montagnes de Sa Pa Than apportant avec elle ces touristes en quête d’exotisme.  Cette petite fille qui verra certainement plus loin, plus grande que sa mère qui n’a jamais été à Hanoi de sa vie… Pour le moment…

Ces enfants qui ont devant eux un défi immense d’adaptation vers cette nouvelle modernité qui se pointe.  Mais ce que je sens ici, c’est que s’il y a un peuple qui à une chance d’y arriver, c’est bien les Vietnamiens.  Par nature, ils sont travaillants, résilients, fiers tout en étant humbles et loyaux.  Et comme je l’ai vu dès les premiers jours, il ne faut pas se fier à ce sourire qui semble si facile à conquérir.  Ils sont déterminés et ils y arriveront, sans révolte, sans manifestation, sans explosion. Les Vietnamiens avancent comme la marée. Constamment comme l’eau qui monte, sans trop que l’on s’en rende compte.  Mais contrairement à la marée, je ne crois pas qu’ils reculeront.  Les changements sont trop profonds pour qu’il y ait un retour en arrière.

Et ces enfants, ces 24 millions d’enfants de moins de 14 ans vietnamiens, seront les piliers de cette transformation. 

*** 

Cette chronique sera ma dernière sur le Vietnam pour le moment.  Je quitte dans quelques jours pour le Cambodge.  Et quitter le Vietnam que j’ai tant aimé est un petit deuil.  Mais comme l’a dit un jour de 1990 alors que je quittais la Côte d’Ivoire mon ami Rolland Nanguy, « tu quittes l’Afrique, mais l’Afrique ne te quittera jamais ».  Je crois que ce sera la même chose pour le Vietnam.  

Donc Cher Vietnam je te dis : 

« Tạm biệt Việt Nam và anh sẽ không bao giờ quên em! »

Pour finir, j’aimerai mentionner ceux qui ont rendu cette expérience inoubliable et qui ont nourri ma tête, mais aussi mon cœur de ce que vous êtes vraiment.  

Donc un gros merci à ceux qui ont rendu cette expérience inoubliable

Ank, Thuy, Thong, Khoa, Amanda et les autres d’Hanoi qui m’ont accueilli dans leur vie

Zizi, Ly et Lan dans leur maison de Sa Pa et dans leur monde

Beth, Lindsay, Nazr et Kirsten de Lan Ha qui ont nourri la réflexion

Michel, Yvette, Yohann qui se sont ouverts à moi à Hoi An et leur partage de la vie

Dat de Saigon qui m’ont permis de découvrir la vie urbaine

Thai, Thuy, Sau, Tin et toute la famille de la Vallée du Mékong.

Vous avez été marquant pour moi et on ne sait pas où la rivière nous mènera.

Bonne route

Steph


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